Le Maroc a pris la tête de la production automobile africaine en 2025, après avoir atteint « un million de véhicules » fabriqués au début du mois de décembre, un cap qui, selon la presse spécialisée dont Business Insider Africa, marque un basculement historique pour une industrie longtemps dominée par l’Afrique du Sud.
L’Afrique du Sud a connu une progression des volumes mais insuffisante pour conserver son rang. D’après la Naamsa, « les ventes totales de véhicules de janvier à décembre ont atteint 596 818 unités », en hausse de 15,67 % par rapport à 515 976 en 2024. « Les ventes domestiques ont représenté 408 224 unités », tandis que les exportations ont constitué le reste. Malgré cette dynamique, la production cumulée n’a pas égalé la performance marocaine.
La montée en puissance du Maroc s’explique par quinze années d’expansion rapide et des politiques publiques constantes pour attirer des investisseurs internationaux. Le pays a misé sur des incitations fiscales et des accords de libre-échange avec l’Union européenne, les États-Unis et la Chine, facilitant l’implantation d’usines de Renault en 2012 et de Stellantis en 2019. Ces investissements ont « significativement augmenté la capacité de production et la portée export » du pays, selon les autorités industrielles citées par la presse.
Le Maroc s’affirme aussi comme un pôle croissant pour l’électrique. Il a lancé en 2021 la fabrication du premier véhicule électrique local, l’Opel Rocks-e de la marque Opel, tandis que l’Afrique du Sud n’a pas encore assemblé de modèle 100 % électrique. Le constructeur marocain Neo Motors prévoit de démarrer la production du Dial‑E, premier EV entièrement conçu et développé sur place, en janvier 2026. Parallèlement, Tesla a choisi le Maroc comme premier marché africain pour une présence officielle, un signal supplémentaire envoyé aux chaînes d’approvisionnement internationales.
Les relations commerciales et la géopolitique ont pesé sur l’auto sud-africaine. Des tensions diplomatiques avec les États-Unis et des pays européens ont alimenté des « incertitudes sur l’accès au marché, les préférences commerciales et le sentiment des investisseurs », un point sensible alors que l’UE et les États-Unis demeurent des destinations clés pour les véhicules assemblés en Afrique du Sud. Sans mesures restrictives formelles, ce climat s’ajoute à des contraintes internes déjà lourdes.
L’énergie constitue un avantage compétitif marquant pour le Maroc. Le pays a fortement investi dans les renouvelables, ce qui assure une électricité plus « propre et progressivement plus abordable ». Même si environ « 70 % de la production électrique » reste issue des fossiles, cette part diminue. À l’inverse, l’Afrique du Sud dépend encore à « 80–85 % » des combustibles fossiles pour produire son électricité, selon Eskom. Les épisodes prolongés de délestage ont « perturbé la production industrielle » et augmenté les coûts d’exploitation, en raison d’une plus forte dépendance aux sources de secours.
Sur le plan industriel, Pretoria a tardé à activer des incitations ciblées pour les véhicules à nouvelles énergies. Une « déduction fiscale de 150 % » pour les entreprises qui modernisent leurs sites d’assemblage EV doit entrer en vigueur le 1er mars 2026. Côté demande, les véhicules 100 % électriques restent « relativement coûteux » et l’« incertitude sur la fiabilité du réseau » freine l’adoption. Les ventes d’hybrides progressent, mais demeurent « sous les 5 % du total ».
L’ascension du Maroc met en lumière une recomposition des équilibres africains autour de la production automobile. Les pays qui combinent stabilité des relations commerciales, politiques industrielles cohérentes et approvisionnement énergétique fiable semblent mieux placés pour « gagner des parts dans la fabrication mondiale de véhicules ».


